« Les armées se séparèrent ; et on raconte que Pyrrhus répondit à quelqu’un qui célébrait sa victoire qu’avec ”une autre victoire comme celle là, il serait complètement défait”. Il avait perdu une grande partie des forces qu’il avait amenées, et presque tous ses amis et principaux commandants ; il n’avait aucun moyen d’avoir de nouvelles recrues. […] Tandis que, comme une fontaine s’écoulant continuellement de la ville, le camp romain se remplissait rapidement et abondamment d’hommes frais, pas du tout abattus par la défaite, mais gagnant dans leur colère une nouvelle force et résolution pour continuer la guerre. » - Plutarque, cité in Wikipédia

Pour le député-maire de Sarrebourg, qui s’est largement impliqué dans la campagne, faisant en quelque sorte de cette élection un « test » grandeur nature de sa popularité ; pour ce député-maire, donc, qui a invité personnellement les Sarrebourgeois aux réunions publiques de M. Spreng, qui leur a adressé son propre tract pour défendre son « ami », qui est même allé jusqu’à battre le pavé aux côtés dudit ami pour bien afficher son soutien, c’est une victoire à la Pyrrhus. Leurs sourires convenus masquaient mal le coup de semonce qui a retentit dans la salle des fêtes lors de l’annonce des résultats pour la ville de Sarrebourg, voyant une victoire de M. Schaff dans ce fief depuis trop longtemps aux mains des mêmes personnes. L’UMP a certes remporté une élection de plus, mais cette formalité dans un canton ancré à droite a des parfums de défaite. Plus rien, désormais, ne semble pouvoir endiguer la montée en puissance de M. Schaff et de son équipe, qui remporte cette fois six communes : Haut-Clocher, Xouaxange, Imling, Hesse, Harreberg et Sarrebourg. Sa victoire dans cette dernière est un désaveu pour M. Marty, l’amorce d’un retour de flamme, un relent de 9 mars 2008 où l’opposition, déjà, manqua pour quelques voix de lui ravir la mairie. À l’époque, il ne passa pas loin d’une défaite, mais il sembla bien vite oublier dans la gestion des affaires de la commune le Sarrebourgeois sur deux qui n’avait pas voté pour lui, écoutant l’opposition autant qu’un sourd peut écouter un muet, c’est-à-dire en un mot : la maltraitant. Programmer un Conseil municipal au lendemain d’élections dans lesquelles le leader de l’opposition est engagé ; ne pas fournir d’autre local à cette même opposition que la salle du conseil, où aucune audience ni aucun stockage de documents n’est possible, ce sont là, parmi mille autres, deux exemples frappants de la vision qu’ont de la démocratie les édiles de notre ville.

La chute de la droite, à Sarrebourg, a valeur pour elle de memento mori, lui rappelant non seulement qu’elle peut perdre la ville, mais aussi et surtout que cela n’est plus qu’une question de temps : le sort de l’actuelle majorité qui, il y a encore peu, paraissait impossible à renverser, semble désormais scellé. Son temps est compté, elle n’a que trop duré. Doucement, mais inévitablement, l’opposition progresse ; escalade des murailles qui ne tiennent plus ensemble qu’au prix de grands efforts parfois à la limite de la légalité, lorsqu’ils ne sont pas franchement illégaux. Comme la mer qui s’abat inlassablement sur les rochers de la côte, les érodant peu à peu au fil du temps, l’opposition fait s’écrouler des barrières à chaque scrutin et gagne du terrain, doucement mais sûrement. Plus que jamais, hier, dans la défaite, M. Schaff et ses amis étaient emplis d’espoir. Le résultat, qui n’est mauvais qu’en apparence ; qui n’est mauvais que si l’on refuse de voir l’avenir et que l’on s’accroche à un présent dont les piliers de sable s’effondrent, montre surtout que tout est possible. Le combat pour Sarrebourg ne sera certes pas simple, mais jamais encore nous n’avons été aussi proches du grand chamboulement appelé de nos vœux. Dans un étrange renversement de situation, la joie était hier, un peu, parmi les vaincus, car tout le monde l’a bien vite senti : « les derniers seront les premiers. »

Que cela remotive les élus d’opposition qui continuent de travailler malgré le traitement qu’on leur inflige ; que cela remotive les troupes militantes qui défendent sans faiblir, contre vents et marées, la Justice, la Liberté, l’Intérêt Général ; que cela ravive l’espoir dans les cœurs de ceux qui, depuis trop longtemps, se battent pour que l’on ait, enfin, une ville de Sarrebourg pour Tous.