Mois : janvier 2012

Fermeture de Megaupload

Ce soir, le FBI a mis en examen sept personnes liées au site Megaupload et saisi, sans autre forme de procès, les noms de domaine, conduisant à une coupure mondiale de ce site parmi les plus populaires du web. Choquante par sa disproportion, traitant ces « Pirates » comme de dangereux criminels à mettre aux fers, cette décision l’est aussi par son mépris de la justice. Avant même le début d’un procès, le site est déjà censuré : cette limitation extravagante des droits fondamentaux sans qu’un juge ne se soit prononcé fait honte au pays des libertés.

Ce filtrage du Net, non content de bafouer nos droits les plus précieux, s’avère in fine autant inefficace qu’illusoire. Megaupload fermé, qui peut sérieusement penser que le partage disparaîtra ? L’expérience Napster, il y a plus de dix ans, n’a décidément pas échaudé la justice américaine.

Une nouvelle fois, au prétexte de protéger les ayants-droits, on oppose aux internautes partageurs une répression violente (les mis en examen risquent plusieurs dizaines d’années de prison !) et un filtrage stupide ; une nouvelle fois, on oppose les artistes à leurs publics. Une nouvelle fois, on privilégie l’attitude réactionnaire qui cherche à préserver obstinément les modèles économiques dépassés de quelques-uns, comme l’industrie du disque, au moyen d’une répression qui s’acharne sur les internautes sans rien apporter aux artistes, parce qu’inefficace, alors même qu’ils rencontrent de vraies difficultés. C’est du perdant-perdant.

C’en est trop de cette vision archaïque et ultra-marchande de la culture qui oppose créateurs et publics. Au lendemain du black-out contre Sopa et Pipa, cette décision est révélatrice d’un système à la dérive, dérive similaire dans l’esprit à notre Hadopi qu’il faudra abroger.

Amoureux d’Internet et de la culture, il devient urgent de réagir. Des solutions pérennes existent, dans le sillage de la contribution créative proposée par Philippe Aigrain, mais il faut un courage politique qui a jusque là fait cruellement défaut. Pour la Culture aussi, le changement, c’est maintenant.

L’hôpital est malade

L’hôpital public va mal : après la mise sous tutelle récente de deux établissements, à Forbach et Saint-Avold, le Républicain Lorrain de ce jour nous apprend un déficit de trois millions d’euros de l’hôpital Saint-Nicolas de Sarrebourg, sur fond de conflit social. Les raisons, nous dit-on, en sont simples : les importants investissements mis en œuvre, financés par l’emprunt, ont mis à la merci de la crise l’hôpital sarrebourgeois, phénomène qu’amplifie, selon les mots du maire, une « activité moins importante que prévue ». Crise de fréquentation, crise économique : que ne convoque-t-on pas pour refuser de voir en face la responsabilité de la politique de santé publique désastreuse menée ces dernières années, et qui tend à appliquer au service public de la santé la logique mortifère de la gestion d’entreprise ? « Chiffres d’affaires », « réduction des dépenses de fonctionnement », « développement de l’activité », « productivité », « optimiser », « rentabilité », … Le vocabulaire lui-même s’est fait gestionnaire, les logiques ne sont plus sanitaires mais comptables. Tout se réduit au chiffre, on dilue l’humanité des malades dans l’impersonnalité de l’« activité » : quand arrivera le jour où, à l’accueil des hôpitaux, des clients auront remplacé les patients ?

La crise a bon dos, mais elle est surtout révélatrice des dérives de l’ultra-libéralisme, appliqué jusqu’à la santé. Si notre hôpital va si mal, c’est bien qu’on l’a livré en pâture à l’économie folle. L’amer constat de l’intersyndicale citée par le journal est on ne peut plus lucide : « La politique menée est scandaleuse. C’est une course effrénée à l’activité. Il faut faire du chiffre, car les tarifs qui sont remboursés aux hôpitaux baissent chaque année. Dans le même temps, on assiste à une sur-réglementation tatillonne qui fait grimper le prix des soins. Au final, l’hôpital est toujours perdant. C’est un système insupportable. »

Comme pour une usine en crise, on propose la saignée pour soigner l’hôpital : supprimer des postes et greffer à la misère sanitaire une misère sociale, ce qui se traduit par le sacrifice sur l’autel du rééquilibre, à Saint-Nicolas, de vingt-neuf infirmières et de huit aides-soignantes… C’est là toute la politique de la droite qui oublie les hommes derrières les nombres et soumet nos hôpitaux à ses dogmes libéraux : que l’hôpital public soit financé comme les cliniques privées, alors même que ces dernières ont moins de contraintes. Leur projet libéral pour l’hôpital, c’est un rationnement des moyens aveugle et froid au lieu de choix guidés par l’intérêt général.

Pour nous, la santé n’est pas un service comme un autre, c’est un droit fondamental qui ne peut être confié au marché. C’est l’esprit même de notre Constitution, laquelle proclame que « la nation garantit à tous la protection de la santé ». L’amélioration des structures hospitalières doit se faire dans une logique de santé publique et non, comme c’est actuellement le cas, selon une approche comptable.

Alain Marty, qui se veut optimiste, fait bel et bien partie des responsables de cette situation tragique chez nous comme ailleurs. Député, il a voté ces lois qui font aujourd’hui sentir tout leur poids sur les personnels hospitaliers. Son optimisme cache mal les travers de son idéologie. Comme il avait laissé partir le 13ème RDP, il n’a jamais su faire inscrire dans le plan « Hôpital 2007-2012 » du ministère de la Santé la construction du nouvel hôpital, convoquée aujourd’hui pour expliquer le triste état des finances. Ses photos avec les ministres qu’il se plaît à partager, faisant miroiter de prétendues amitiés arrangeantes, restent illusoires, et son influence n’en apparaît à ce jour que plus dérisoire.

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén