Le centre de nos villes modernes en est, comme l’Agora des antiques cités grecques, le cœur ; l’élément qui dynamise et qui fait vivre. C’est le lieu de convergence et de rencontre des habitants, le lieu des magasins et des cafés, des services publics et des administrations. C’est le lieu qui, bien souvent, recèle les trésors historiques de nos vieilles cités européennes, car c’est autour d’un clocher et de quelques maisons ancestrales qu’elles se sont patiemment bâties. Sarrebourg ne déroge pas à la règle, elle a besoin d’un cœur qui bat avec entrain et que, pourtant, on laisse dépérir. Notre centre-ville se vide de ses commerces et de ses habitants. Son rythme cardiaque se réduit, la ville s’essouffle, son cœur se nécrose.

Le mouvement de désertification des centres urbains n’est certes pas propre à Sarrebourg, et les causes en sont connues : stationnement parfois difficile, mobilité compliquée, développement périurbain. Mais rien n’est fait ici pour lutter contre : on préfère étendre encore et toujours, avec tous les inconvénients écologiques (destruction d’espaces naturels, pollution supplémentaire, …) et économiques (construction de routes, etc., entraînant la croissance des dépenses de fonctionnement) que cela amène, plutôt que de profiter de l’espace existant. Chaque seconde en France, ce sont près de 20 m² de milieux naturels et de terrains agricoles qui sont sacrifiés à la construction de routes, d’habitations et de zones d’activités. Qui plus est, on privilégie la construction de la ZAC du Winkelhof au réaménagement du quartier Gérôme, l’extension commerciale des terrasses de la Sarre fait grincer des dents les commerçants de la Grand’Rue, et les concerts baroques de Saint-Ulrich désespèrent une jeunesse qui attend une offre culturelle et de divertissements accessible à tous les sens du terme. Lors de la venue de la ministre de la Culture à Sarrebourg, les artisans et les commerçants de l’hypercentre ont une nouvelle fois fait part de leur désarroi devant cette situation. Les commerçants souffrent, les habitants ont le sentiment désagréable de l’immobilisme, et l’habitat de l’hypercentre apparaît souvent précaire : un cercle vicieux s’amorce, mêlant perte de population, paupérisation et insalubrité, fuite des consommateurs vers la périphérie.

Dans le même temps, les services publics vitaux de la santé et de la sécurité sont secoués : l’hôpital rencontre, du fait des effets conjugués d’une politique désastreuse et d’une gestion ahurissante, de sérieuses difficultés financières. L’hôtel de police (dont les murs sont propriété communale) est vétuste, et n’offre plus des conditions dignes de travail et d’accueil. Au centre-ville qui dépérit s’ajoute donc un état effrayant des services publics de proximité, obscurcissant l’avenir de Sarrebourg.

Aujourd’hui, les Sarrebourgeois vivotent. L’hypercentre décline, mais c’est ainsi, se disent-ils. La ville toute entière semble empreinte d’une certaine léthargie fataliste qu’il faut combattre. L’urgence politique, c’est donc la revitalisation du centre-ville Sarrebourgeois. Cela nécessite de l’imagination et de l’énergie, de la vision et de la réflexion. Cela suppose aussi une réelle concertation avec les différents acteurs, un débat au sein du conseil municipal. La politique urbanistique actuelle est celle de la torpeur et de la ségrégation. Il faut au contraire développer des logements accessibles financièrement et proches du centre commerçant, limiter l’étalement de la ville, faire que les associations culturelles et sportives réinvestissent le centre-ville, réaliser une vraie mixité sociale et générationnelle, diversifier et densifier l’offre commerciale, faciliter mobilité et stationnement. En somme : dynamiser le centre-ville avant qu’il ne soit trop tard.

Dans une commune qui tourne au ralenti, pourrait-on écrire en ré-adaptant un peu un célèbre éditorial du Monde, qui n’est pas vraiment malheureuse ni vraiment prospère, en paix avec tout le monde, sans grande prise sur les événements nationaux, l’ardeur et l’imagination sont aussi nécessaires que le bien-être et l’expansion. Ce n’est certes pas facile. L’impératif vaut d’ailleurs pour l’opposition autant que pour le pouvoir. S’il n’est pas satisfait, l’anesthésie risque de provoquer la consomption. Et à la limite, cela s’est vu, une ville peut aussi périr d’ennui.

Pour le groupe Sarrebourg pour Tous