À Romain,
qui a su (malgré lui ?) clarifier mon esprit

Esquisse d’un idéal (sans transcendance ni nécessité)

Lorsqu’on parle d’amour, le risque est grand de devenir moralisateur. De décréter, dans la frustration, que le réel ne se conforme pas à l’absolu, qu’il est bien pâle face à l’utopie, et de prêcher seul contre tout et tous que nous savons la vérité, que nous voyons le bien que tous délaissent, et à partir de là, de haïr ce monde pour le refuge solitaire du doux rêve. Alors, disons-le nous immédiatement : je ne crois pas qu’il existe des idéaux qui soient bons de toute éternité. Je ne chéris pas ce que nos ancêtres chérissaient, et probablement que ceux qui nous suivront sur cette Terre porteront leur amour vers d’autres fins que nous. La quête d’absolus a longtemps réconforté les hommes – leurs Dieux, leur Bien, leur Vrai, devaient les aider à traverser les instants les plus sombres de l’existence. Mais ces absolus n’ont jamais été d’aucun secours, d’aucune autre force que consolatrice, ce qui devrait suffire à nous convaincre de leur vacuité. Les mythologies rassurantes sont bien fausses, en vérité, et rien dans le monde précaire qui nous abrite ne saurait être élevé au rang de fixité définitive. Tout passe, tout s’écoule, tout apparaît et disparaît – les insectes comme les astres, les joies comme les peines, la vie comme les montagnes.

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